Nous sommes les usagers de notre corps.
Nous venons au monde avec un mode d’emploi qui fait partie intégrante de notre organisme et qui est fait de divers réflexes instinctifs. La nature avait tout prévu.

Quand nous étions enfants, nous avions cette fluidité de mouvement qui nous permettait de nous accroupir, puis de nous lever et de courir sans effort, sans tensions inutiles, avec légèreté. Notre tête, malgré sa taille important, était posée en équilibre sur notre colonne et notre dos était naturellement vertical, sans tension. Comme si la gravité n’existait pas.

En grandissant, pour la plupart d’entres nous, les choses commencent à changer. Nous nous asseyons et commençons à nous avachir, nous apprenons à écrire en étant voutés, nous cessons de porter notre tête en équilibre au-dessus du corps. Rester assis devant notre PC ou bien pianoter constamment sur notre téléphone ne fait qu’intensifier le problème. Contrecarrer les effets de la gravité demande maintenant beaucoup plus d’énergie.

Des muscles dont on avait pas besoin pendant nos premières années travaillent, tandis que d’autres muscles auparavant si efficaces par rapport à la gravité se sont affaiblis. Notre façon de nous asseoir, qui ne nécessitait aucun effort lorsque nous étions enfant, s’accompagne maintenant de tensions. Se tenir droit quand on est assis étant devenu fatiguant et inconfortable, notre dos s’affaisse et nous laissons l’avachissement devenir la norme. Il en va de même lorsque nous sommes debout, nous marchons les épaules rentrées et la poitrine comprimée sans plus aucun élan vers le haut. Des muscles qui ne participent normalement pas à la locomotion sont utilisés pour contrebalancer la force de la gravité et contrarient d’autres muscles plus utiles.
Au lieu de centaines de muscles se mobilisant harmonieusement ensemble, nous forçons quelques muscles à faire un effort violent.

Comme le dit Jeremy Chance : « Les fibres musculaires blanches fatigables essaient de faire le travail des fibres musculaires rouges non-fatigables qui, à leur tour, font très peu, bien qu’elles soient capables de faire beaucoup. »

Et ces attitudes et façons de se mouvoir, bien qu’inefficaces et douloureuses, sont devenues une habitude.
Avec le temps, les effets de ces mauvaises habitudes se font de plus en plus sentir. Les problèmes qui nous attendent lorsque nous vieillissons sont en partie causés par ces mauvaises habitudes présentes tout notre vie. Ces mauvaises habitudes affectent notre santé et notre bien-être de façon continuelle. Et comme toutes ces habitudes sont profondément ancrées, elles sont presque impossibles à changer.
Alors, comment faire ?

Un constat : la force des habitudes

Nous sommes des êtres d’habitudes. Quand un comportement devient routinier, le cerveau enclenche un mode automatique pour s’éviter de se concentrer sur les moindres détails. Ces comportements s’installent naturellement, au fils du temps, connectées à notre perception sensorielle.
Ces comportements  sont devenus des habitudes par renforcement des circuits neuronaux qu’ils empruntent. Et plus le comportement sera répété, plus le circuit neuronal sera renforcé et fera circuler la commande nerveuse plus rapidement et plus intensément.
Nous renforçons nos habitudes par la répétition.

Un des moyens de changer une habitude c’est d’apprendre à choisir son comportement face à  un facteur déclenchant. Et donc d’arrêter d’y répondre à chaque fois de la même manière, pour affaiblir le circuit neuronal de l’habitude.

L’appréciation sensorielle erronée

La sensation que nous procure nos habitudes est en terrain connu de nous. Nous sommes dans notre zone de confort. Changer ses habitudes, c’est accepter de sortir de sa zone de confort, même sensoriellement. Modifier cet état peut susciter au départ une sensation d’inconfort et c’est un des plus grand obstacle au changement. car nous devons nous autoriser à explorer cette zone d’inconfort même quand la sensation nous indique que c’est « faux ».

Comment améliorer son usage ?

L’inhibition :

C’est un espace que nous pouvons créer entre le stimulus pour faire quelque chose et la réaction à ce stimulus. Nous nous donnons un temps pour choisir notre réaction. Cet espace est d’abord une attitude, un état d’esprit. C’est une décision de tout laisser tranquille. La respiration, la circulation et les mécanismes posturaux fonctionnent alors tout seuls, et vous ne faites rien.

Ce non-faire est un processus qui demande beaucoup de pratique, de répétition. Tout changement est un processus. Et cultiver le non-faire c’est se donner les moyens d’avoir une attitude mentale disponible et propice au changement.

Les directions :

Elles sont des souhaits, des intentions. Des instructions mentales que l’on se donne à soi-meme consciemment pour organiser son corps de sorte que l’énergie de notre pensée voyage et circule en nous. Elles sont à renouveler aussi souvent que possible, de façon neutre, non musculaire et sans émotion, elles accompagnent l’énergie qui circule en nous. Elles sont des pensées, des instructions intérieures. Il n’y a pas besoin de « faire ». Avec la répétition et l’entrainement, les directions que l’on s’envoie en soi facilite la communication entre notre corps et notre esprit et nous habitons pleinement notre corps.

Le contrôle primaire :

La TA part du fait qu’il existe, chez tout les vertébrés, une commande centrale du mouvement qui est le rapport dynamique entre la tête et la colonne vertébrale. Où la tête, mobile et en relation avec la colonne, mène chacun de nos mouvements.

Cet équilibre est d’une importance primordiale car il affecte la coordination de l’ensemble du corps.

Une utilisation appropriée du contrôle primaire permet une redistribution des tensions musculaires plus avantageuse.

C’est la tête qui mène et le dos qui suit

En conclusion

« La chose la plus difficile au monde est de s’occuper de ce qui nous est le plus proche, le plus constant et le plus familier. Et ce qui nous est le plus proche, c’est justement nous-même, nos propres habitudes et manières d’agir ».
John Dewey

Au delà de notre corps-moule, nous avons un corps souple, dynamique, fluide et agréable à vivre.
En retrouvant notre unité psycho-physique, où le corps, l’émotionnel et le mental travaillent ensemble, nous développerons nos capacités et notre potentiel car nous aurons un meilleur « usage de soi ».

Bibliographie :
L’usage de soi de F.M Alexander (livre dans lequel explique comment il mis au point sa technique)
Découvrir et pratiquer la méthode Alexander de Jeremy Chance
Le bon geste de Joel Carbonnel

https://www.techniquealexander.info

https://www.youtube.com/watch?v=7IoTuB42G2c

Nathalie Lesguillier, coach technique Alexander à Rouen.